Les films français, muets ou peu parlants, se prêtent étonnamment à des exercices d’expression orale. Catherine Henry, professeur de français, explique sur quelles bases elle a mis en place son association Beaux Repères il y a cinq ans. L’objectif est que les étrangers s’approprient les rudiments de la langue dans un premier temps, jusqu’à se perfectionner pour assimiler la plupart des pièges d’une langue particulièrement complexe. Le support cinématographique est utilisé ici à tous les niveaux d’interprétation. Dans un film français, tout ‘parle français’, la langue, les décors, les attitudes, l’agencement et la conception même du film. Il s’agit de prendre appui sur le cinéma, sur les images, sur l’ambiance, sur le découpage, sur le langage en situation. Bien entendu, les élèves prennent en prime le plaisir en commun qui est celui de tout spectateur. L’originalité de la méthode est dans la représentation que s’en font les étudiants. Le projet narratif court tout le long du film, du générique au mot fin. C’est ce propos-là qui va être décrypté petit à petit par les étrangers.
A la Maison Jean Vilar
La plupart des élèves possèdent déjà une bonne culture cinématographique et c’est cette compétence culturelle qui est mise à profit pour interpréter le sens narratif, d’après des repères antérieurs. Catherine Henry souligne que la Maison Jean Vilar est un lieu de ressources avec une équipe compétente qui accueille les séances avec intérêt. Pour la partie vidéothèque, Catherine Henry apprécie qu’à deux reprises « ils m’ont fait la gentillesse énorme de me demander ce que je souhaitais avant de commander des films ». Avec Jour de Fête de Jacques Tati, l’éventail des films étudiés est assez large, entre A bout de souffle de Jean-Luc Godard et La vie rêvée des anges d’Erik Zonca en passant par Cuisine et Dépendances de Philippe Muyl, d’après Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ou Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall, les Pantomimes de Marcel Marceau avec Bip au jardin public, ou encore le film à l’étude actuellement, L’âge des possibles de Pascale Ferran qui lui avait été commandé par le Théâtre National de Strasbourg.
Avec les étudiants, la méthode commence par une sorte de prélecture.
Catherine Henry propose ce qu’elle appelle un « remue-méninges » collectif sur le titre du film et les apprenants tentent de s’exprimer sur ce que le titre évoque pour eux, cherchant les mots français pour le dire, avant de les écrire. Le travail se poursuit sur la jaquette de la cassette jusqu’à la présentation de l’œuvre (le réalisateur, sa filmographie) replaçant le film dans son contexte. La consigne est toujours expliquée par le professeur qui aiguise la curiosité des étudiants. Commence alors « l’immersion proprement dite, avec l’analyse du générique, puis le film mais séquences par séquences de 1 à 5 minutes entre lesquelles on discute sans recours à l’image ». La récompense consistera au final à visionner le film en entier en découvrant pour la première fois la fin. Précédemment la classe est invitée à commenter, à poser des questions, répéter les scènes, improviser. Le professeur souligne l’importance de bien faire ressentir la valeur de chaque élément. En imaginant par exemple ce qui a pu se passer avant que l’histoire ne commence, ce que faisaient les personnages avant leur première apparition, en inventant les scènes 0 et -1. Il s’agit de construire des monologues intérieurs, de décrire le caractère des personnages à la seule vue d’une photo.
Apprentissage en groupe
Catherine Henry constitue des groupes sur un trimestre. Ce jeudi-là le groupe est restreint. Lors de la séance précédente, Marianne avait choisi une des photos parmi celles des personnages du film. « J’ai choisi cette file et je ne sais pas son nom, rien… et c’est le prénom que j’ai écrit ». Le professeur reprendra chaque formulation pour arriver à une description correcte. Entretemps, les élèves auront pris la mesure des pièges et sauront qu’il vaut mieux écrire « J’ai choisi cette fille dont j’ignore le nom. Je lui ai trouvé un prénom… » Et lorsqu’elle cherchera comment décrire son personnage « Je peux dire qu’elle a traversé des difficultés ? Qu’elle est expérimentée ? » Catherine relève vite « non, pas expérimentée, surtout à propos d’une femme ! « expliquant qu’un homme sur deux va comprendre autre chose…La leçon passe d’une déduction orale à l’expression écrite et les étudiants avancés ont encore rendez-vous les jeudis 16,23,et 30 mai de 15h15 à 17h15 à la Maison Jean Vilar sur le programme de L’âge des possibles de Pascale Ferran.
Anne Constant.
Renseignements au 04 90 82 91 88.
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