| Cuisine et dépendances |
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| Écrit par Virginie | |
| 15-11-2007 | |
Cuisine et dépendances (d'après la pièce de Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui)
Sortie: 07 avril 1993 Genre: Comédie dramatique Durée: 1h36 Pays: France Réalisation: Philippe Muyl Avec: Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Daroussin, Agnès Jaoui, Zabou Breitman, Quentin Hue, Sam Karman, Marine Labouyssarie Synopsis: Jacques et Martine ont invité un ami qu'ils n'ont pas vu depuis dix ans et qui est devenu célèbre. Parmi les convives, il y a Georges, le copain hébergé, Fred, le frère de Martine et sa petite amie Marylin, et bien sur l'Invité et sa femme Charlotte. Prétextant des embouteillages, ces deux derniers arrivent avec deux heures de retard... source internet movie database Le film est disponible sur le catalogue ADAV 2007-2008: les droits pour la consultation en groupe négociés et acquis pour la durée de vie du support. La référence est la suivante: 57486
Le dialogue du début Dialogue entre Jacques et Martine
J: J'ai invité des hôtes à dîner dimanche M: Tu as quoi? J: Tu as bien entendu. J'ai invité quelques personnes. M: Sans me prévenir ... J: Oui, je n'avais pas la possibilité de te le demander - et je pense que c'est très bien d'inviter ces personnes. M: Et ces personnes - c'est qui? J: J'ai pensé inviter ton frère Fred - ça ne te gênes pas j'espère- avec sa compagne et ... aussi deux vieux amis. M: Qui? J: (un peu inquiet) Tu sais que nous n'avons pas rencontré Charlotte et son mari depuis une éternité et maintenant j'ai pensé... M: Mais tu es fou! Tu ne peux pas les inviter ces deux-là! J: Pourquoi pas? M: Mais Georges habites ici! J: Oui, je le sais M: Mais il ne doit pas rencontrer Charlotte. J: Ecoute, Charlotte est ta vieille amie. Et il y a dix ans que Charlotte a quitté Georges. M (d'une voix faible parce qu'elle a mauvaise conscience à cause de Mr télé, avec qui elle a une liaison) : Mais peut-être son mari ne voudrait pas venir... J: Pourquoi? M: Tu sais, il est tellement connu et riche. Peut-être qu'il ne veut pas nous fréquenter -des gens modestes. J (amèrement) : Je pense qu'il fréquente n'importe qui. Et, en outre, il a déjà accepté. M: Mais quel plat est-ce que je pourrai faire? Tu sais bien que je n'aime pas cuisiner. J: C'est ton problème. M: Du saumon, peut-être ... Non, tout le monde sert du saumon. Du haddock ... oui, peut-être ...
Une première conversation Deux coups de sonnette. La femme et le mari se préparent à la porte d'entrée et ils l'ouvrent. La femme (souriant) : Ah bonsoir, c'est bien toi! On commençait à penser que tu ne pouvais pas venir. Le mari: Et puis c'est toujours très difficile de garer la voiture dans ce quartier. L'invité: A vrai dire, j'avais oublié votre invitation -Charlotte me l'a rappelée en sortant -et puis j'avais un rendez-vous très important plus tôt ce soir. La femme: Mais, Charlotte, elle n'est pas avec toi? Vous n'êtes plus ensemble? L'invité: Oh, si, nous sommes toujours ensemble mais elle a reçu une autre invitation. Je suis désolé de ne pas avoir eu le temps de vous prévenir mais je suis toujours très occupé vous savez. Le mari (un peu découragé) : Je suppose que dans ta position tu as énormément de travail. Cela doit être très dur de temps en temps. L'invité: Oui, très, mais je ne devrais pas m'en plaindre. Vous savez, le père de Charlotte est l'actionnaire le plus important de la société et il est fort probable que je sois directeur général l'année prochaine. Le mari: Et le rendez-vous, il s'est très bien passé? L'invité: Oh oui. C'était avec le ministre mais heureusement j'ai l'habitude et puis je le connais depuis longtemps. La femme: Tu es arrivé à garer la voiture quand même. L'invité: Finalement, oui. C'est dommage que vous n'ayez pas assez d'emplacements protégés pour votre résidence. Ce n'est pas très pratique si on est pressé et puis la voiture est tellement grande que je n'aime pas vraiment la garer dans la rue surtout à Paris. Victor
Une page de journal intime de personnage Après le repas le couple rentre et la personnalité invitée écrit une page de journal
Quelle soirée je viens de passer ! La plupart du temps on me tenait compagnie dans la salle à manger, on aurait dit que le dîner se passait dans la cuisine. S’ils avaient des comptes à régler, ils auraient mieux fait de le faire à table, au moins ça nous aurait fait passer un bon moment. Que croient-ils ? Que je suis dupe ? Que je n’ai pas compris les enjeux ? Entre Jacques prêt à s’humilier pour je ne sais quel bénéfice hypothétique, et Martine obséquieuse jusqu’à s’enferrer. Sans oublier le frère qui, lorsqu’il n’était pas pendu au téléphone, ne tenait pas en place pour demander je ne sais trop quoi. Finalement le plus honnête, dans cette vile comédie humaine, c’est Georges. C’est le seul qui ne s’est pas trahi en manipulant les mots pour cacher le fond de sa pensée. Décidément, pour sortir du milieu hypocrite des affaires, je ne peux même pas me réfugier l’instant d’une soirée chez des soi-disant amis absents depuis dix ans. Ah ! que les gens sont des pauvres types pour pas grand-chose, et pitoyables pour n’importes quels intérêts. Que dire ? Peut-être suis-je trop dur avec des personnes qui ne savaient pas comment nous faire plaisir pour qu’on passe une bonne soirée. Ah ! finalement c’était pas si mal… Et puis notre retard était tellement exagéré ; quelquefois, il ne faut pas beaucoup pour qu’un enthousiasme vif mais ténu s’étiole et bascule dans une fébrilité contraire.
Le soliloque de Fred Merde ! J'aurai voulu voir Martine seule. Il faut qu'elle me donne du pognon. Etre raide et être dans les mains de ces arnaqueurs... Ma petite soeur devrait le comprendre. Mais c'est une dure, ma soeur. Ca serait mieux de taper Jacques...
La cave des personnages Que peut-il y avoir dans leurs caves? Jacques et Martine doivent avoir une cave fournie et remplie de choses inutiles: des "morceaux de civilisation" pour lesquels ils ont eu un jour le coup de foudre et dont ils ne se sont servi qu'une seule fois. Et même si ces objets ne sont d'aucune utilité vitale et bons pour la poubelle, le couple ne jette rien, il amasse et n'a pas conscience que l'argent n'a comme intérêt que ce qu'il pemet de faire. Martine semble se rendre compte qu'elle n'a pas fait grand chose de sa vie, Jacques la rassure, et sa crise de doutes est refoulée. Aussi leur cave est-elle celle des personnages qu'ils auraient aimé être et qu'ils ne sont pas; elle contient un appareil de musculation, de mauvaises bouteilles de vin, des vélos dont les pneus sont dégonflés, de vieux jouets démodés, du matériel de camping, des photos jaunies qu'ils regardent avec plein de regrêts, du matériel de bricolage dont Jacques dit que "ce sont de mauvais outils". Georges a probablement une cave différente avec moins de fourbi. Peut-être même une cave un peu aménagée, ou il se retire pour écrire, avec un lit, une bibliothèque, et de bonnes bouteilles de vin. La cave de Fred doit sûrement ressembler à un camion de livraison contenant du matériel volé, ou Marylin n'a pas le droit d'entrer; et devant un semblant de bar il pourrait y avoir quatre chaises et une table avec un tapis de jeu. Quant à Charlotte et à son mari, leur cave doit être remplie de tout ce que l'argent peut acheter, un peu comme celle de Martine et Jacques mais avec en plus des archives, des dossiers, des classeurs de relevés de compte, etc... Grégoire Interview imaginaire Un journaliste et les auteurs de "Cuisine et dépendances" Jean Pierre Bacri et Agnès Jaoui (2004) Le journaliste: Vous avez commencé à écrire "Cuisine et dépendances" en 1989. C'est la première pièce que vous avez écrite ensemble. A cette époque pensiez-vous que cette collaboration avait de l'avenir? JEAN-PIERRE BACRI : Bien sûr on espère toujours que ce qu'on fait porte ces fruits mais, non, nous n'avions aucune idée que la pièce serra portée au cinéma. Et "Cuisine et dépendances" n'en est pas la seule, n'est-ce pas? AGNES JAOUI : Non. Après "Cuisine et dépendances" il y a également "Un Air de famille" qui a vu le jour au début au théâtre et puis "Le Goût des autres". L'intrigue du "Goût des autres" se déroule dans un milieu théâtral donc on pourrait dire que tous trois ont leurs origines dans le théâtre. On pourrait dire aussi, n'est-ce pas, que les problèmes que l'on examine dans les trois films sont ceux de la petite bourgeoisie? JEAN-PIERRE BACRI : Oui, c'est vrai. Dans "Cuisine et dépendances" nous voyons les contorsions de Martine et de Jacques qui essayent de profiter de la réussite d'un ami et leur embarras face aus propos plutôt amer de Georges. Dans "Un air de famille" nous voyons les tensions dans une famille provinciale face à la réussite d'un frère. Puis dans "le Goû des autres" nous avons un PDG face à son échec conjugal et à sa découverte du monde plutôt bohème d'une troupe de théâtre. Il me semble qu'actuellement il y a tendance au cinéma à parler des problèmes de la jeunesse dans, par exemple, les cités où il y a de la violence de la drogue et je m'en passe. A votre avis est-ce que les problèmes de la classe sociale de vos personnages ont une pertinence significative aujourd'hui? AGNES JAOUI: Oui certainement. La classe sociale que nous voyons dans nos pièces et dans les trois films est souvent traitée de "majoritée silencieuse" mais c'est peut-être la majorité quand même. La classe ouvrière, si cela existe toujours, n'est pas la seule classe à avoir ses propres vérités et ses propres préoccupations. En plus je crois que les situations affectives que nous voyons dans les trois films sont universelles même si les milieux sont variables. JEAN-PIERRE BACRI: A part la situation économique il y a aussi la question de la position des femmes dans la société et nous avons essayé d'aborder ce sujet dans les trois films sans pour autant adopter une position trop extrême. Dans "Cuisine et dépendances" nous entendons les préoccupations de Martine, une femme au foyer, qui se trouve inférieure face à Charlotte et sa carrière. Dans "Un Air de famille" Catherine Frot interprète le rôle d'une mère de famille frustrée face à la liberté proclamée du personnage interprété par Agnès. Finalement, dans "Le Goût des autres" nous avons essayé de montrer les problèmes d'une quadragénaire qui se trouve dans sa carrière de comédienne. AGNES JAOUI: Et, bien sûr elle voudrait avoir un enfant. Toutefois, si nous avons abordé les frustrations des femmes dans la société de communication personne ne peut vous accuser d'avoir oublier celles des hommes! Oui, c'est vrai. Merci de nous avoir parlé et nous vous souhaitons bonne chance pour vos projets actuels.
Victor
Lettre aux réalisateurs 10.7.1998 Chère Agnès Jaoui, Cher Jean Pierre Bacri, Nous avons lu votre pièce de théâtre "Cuisine et dépendances" et regardé le film. Cela m'a fait grand plaisir. J'estime que la pièce repose sur des observations tout à fait réalistes et qu'elle les montre d'une manière claire. Elle m'a touchée, elle m'a fait sourire, elle m'a fait rire de bon coeur. Recevez, Madame, Monsieur, mes meilleures salutations. Barbara
Lettre aux réalisateurs
Avignon, 10.07.98 Chère Agnès Jaoui, Cher Jean-Pierre Bacri, Je suis venue à Avignon pour un stage de deux semaines, et nous avons travaillé sur votre film "Cuisine et dépendances". Le film m'a procuré beaucoup de plaisir, surtout la manière dont vous avez analysé les situations et les relations des personnes dans la vie "normale" avec beaucoup de clarté, vous avez quand même traité le sujet d'une manière légère et comique. Comme je fais du théâtre amateur en langue française, je suis aussi très impressionnée pa votre prestation de comédiens. Pendant le festival à Avignon j'essairai de voir votre pièce "Un air de famille" et j'espère qu'on pourra voir votre film bientôt en Allemagne. Recevez, Madame, Monsieur, mes plus vives salutations Karen
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