Poétique du cinématographe .Notes d'Eugène Green (Actes-Sud) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Catherine Henry   
23-02-2010
"Poétique du cinématographe", Notes, d'Eugène Green (Actes-Sud).

Trouvé sur le blog de Frédéric Ferney :

'C'est un fanatique aimable, un petit Cyrano inflexible et sacré. On ne l'attend pas, Eugène Green. Il entre, par effraction. Il surgit comme un intrus, il disparaît, il revient. C'est un revenant. Ange, présage, messager. Une voix du temps de la Fronde. Eugène Green est l'auteur de quatre longs métrages dont: "Toutes les nuits" (Prix Louis-Delluc du premier film en 2001) et "La Religieuse portugaise" (2009). C'est un lecteur de Pascal, de Saint-Cyran, de Bossuet, vous voyez le genre. Il est également l'auteur d'un essai magistral, "La Parole baroque" (Desclée de Brouwer, 2001).

En 2002, il publia un CD où il lisait le "Sermon sur la mort" de Bossuet en essayant de ressusciter sans rire les cadences, l'emphase, le souffle de Bossuet, et la houle et le vent soudain du moment, et les plis que fait la soie dans la robe de l'orateur fulminant: "Me sera-t-il permis aujourd'hui d'ouvrir un tombeau devant la cour, et des yeux si délicats ne seront-ils point offensés par un objet si funèbre?..." Jamais sans doute le français n'a si bien sonné devant le néant qu'avec ce prédicateur hautain alternant la foudre et l'effroi. Qu'importe le fond de sa doctrine, ce qui prime, c'est le feu, l'ardeur, le style élevé au rang de paranoïa suprême.

Le nouvel essai d'Eugène Green est intitulé "Poétique du cinématographe". Son sujet: le verbe et la lumière ou, si vous préférez, la mystique et le cinéma qui ont pour vocation commune "la connaissance de ce qui est caché dans le visible". Les juifs interdisent la représentation, Platon la méprise. "Pour eux l'imitation est un blaphème, pour le philosophe grec, elle est dérisoire". Ce sont des puritains. Eloge de la parole, haine de l'image, on connaît la chanson. Mais aujourd'hui, nous dit Eugène Green, la parole est cachée, inaudible; ce qui rend la parole visible, c'est le cinéma. "Le cinéma, c'est la parole faite image".

Rien d'opaque dans la vision d'Eugène Green. Si son credo le rattache aux mystères, il parle d'évidence. Le mystique, au fond, voit la vérité face à face; il n'est pas séparé du réel par un discours, comme si Dieu lui-même avait cessé d'être là ou de lui manquer; il fait l'expérience de l'absolu, ici et maintenant, l'expérience lui suffit. Eugène Green a beau dire qu'aucune quête n'est possible sans la foi, sans la croyance en une nécessité, il pourrait aussi bien être athée et peut-être l'est-il. Le théologien Henri de Lubac ne parle-t-il pas d'un "mysticisme pur" qui est "la forme la plus profonde de l'athéisme"? Pour Eugène Green, il ne s'agit pas de croire, il s'agit seulement de vivre, de trembler, d'entendre.

A le lire, on fait provision de joyeux préceptes et d'axiomes. J'ai noté ceci (que ne désavouerait pas Pascal Quignard): "Le passé est un présent qui s'est perdu, le futur est un présent qui doit naître, et qui doit donc mourir. Seul le présent réel est éternel". Et aussi: "Une vraie oeuvre de cinématographe ne comporte pas de morale, car la vérité est toujours double et contradictoire". Et enfin: "Les vrais mystères ont la clarté aveuglante de midi".

 
Suivant >

Flash info