Du français par le cinéma Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Catherine Henry   
14-12-2007
Les cahiers de l’asdifle - Actes des 25e et 26e Rencontres - mars 2000, Paris –
septembre 2000 , La Beaume-les-Aix
 
La recherche que j'ai menée à l’université de Provence, sous la direction de Jean-Pierre Cuq, portait sur un travail mené depuis six ans auparavant.
 
J’explore des films français, séquence après séquence, dans leur intégralité. J’en nourris mon enseignement et l‘apprentissage du FLE par les étudiants. Je le fais dans une démarche communicative et constructiviste tout en essayant de les leur faire découvrir, ressentir, comprendre, apprécier dans leur contexte, de les leur faire voir et revoir pour le plaisir afin de ne pas les réduire à des supports pédagogiques. Je mets au point pas à pas les stratégies d’approche guidée qui me semblent les plus appropriées à chaque film.
 
 
Mon vieil amour du cinéma, mes bonheurs de spectatrice, la bonne image du cinéma français dans le monde et la cinéphile des étudiants m’ont donné l’impulsion première et m’ont encouragé à chercher à développer cet intérêt et à le faire partager à de nombreuses personnes de toutes sortes de profils et d’origines.
J’ai composé peu à peu des batteries d’exercice d’immersion progressive dans le bain linguistique, culturel, civilisationnel, exceptionnel qu’est un film, surtout de fiction.
 
Bien au-delà des seules répliques pour les scènes dialoguées et des commentaires en voix off, un film français même muet, est conçu dans notre langue et notre culture, donc « parle français » et parle universellement, comme tout le cinéma. Il parle de nous comme nous parlons. Il porte une lecture de la réalité qui est celle de son auteur.
 
Le « développement dramatique est la conclusion véridique, imaginée, inspirée des messages de la société; il est la position que l’auteur assure face aux échos, aux messages de son époque, aux expectatives de la société. Il recèle mille petites situations du réel et du quotidien », écrit A.Cucca. « On appelle film une grande unité qui nous conte une histoire, et aller au cinéma, c’est aller voir cette histoire. Le cinéma est bon raconteur », indique C.Metz.
 
Pour dire les choses très simplement, se faire raconter des histoires peut inciter à parler et à écrire, à chercher des reformulations, à exprimer un point de vue, prendre des positions.
 
Le cinéma est un spectacle composé. En s’appuyant sur la prise en compte un par un d’éléments organisés par le montage en bande image/son, en séquences, il s’agit de donner à voir et à entendre la pensée du réalisateur, de parvenir à ce que son propos, son énoncé deviennent des éléments sensibles pour l’étudiant, de travailler sur le langage du cinéma pour faire comprendre les intentions de communication, les partis pris, etc., de l’auteur.
 
Par quels exercices peut-on faire entrer dans une pratique de la langue française une grammaire de sens et de la sensibilité ? Séquence par séquence, les étudiants sont incités à toutes sortes de prises de parole, d’improvisation : récits, commentaires de conversations, répliques imaginaires à une conversation téléphonique dont on n’entend et ne voit qu’un interlocuteur, dialogues complets sur des scènes muettes, invention de monologue ou soliloque, après avoir réparti les différents personnages entre les étudiants.
 
Ce travail oral crée un important effet d’entraînement par le plaisir du jeu, les interactions en chaîne, les surprises que chacun offre aux autres avec d’autant plus de facilité que les identités fictives protègent de toute gêne issue d’une erreur commise ou de la peur d’une expression trop personnelle.
 
Les productions les plus pertinentes quant au travail de la langue sont écrites au tableau et servent de départ à des expérimentations, des manipulations de formes linguistiques selon ce qui est favorable à une bonne compréhension de l’extrait étudié, à une expression adéquate et une bonne communication dans le groupe : par exemple, l’expression de la conséquence, à l’indicatif ou au subjonctif, dans la séquence de la mouche sur le facteur dans Jour de fête.
 
A l’issue de ces travaux sont formulées des règles provisoires d’utilisation des formes verbales susceptibles d’être vérifiées.
On écrit aussi, le plus possible, pour conforter ce que l’on vient de découvrir ou de revoir, sur n’importe quel prétexte : une lettre, une carte postale, un bout de journal intime, un mot, à un des protagonistes du film, au réalisateur, on recherche des slogans, on rédige le texte de la bande annonce, celui de la publicité du film, une critique, on imagine l’interview d’un des personnages, une autre fin, la suite…
 
Pour élaborer ces exercices, j’ai pris appui sur L’immeuble de Francis Debyser, sur Les simulations globales : mode d’emploi, de Francis Yaiche et bien d’autres ouvrages de pédagogie de français langue maternelle et étrangère, ou autres.
 
Avec un film, tout peut être travaillé : la compréhension orale rapide, les parles régionaux, la syntaxe, le vocabulaire en situation, l’approche interculturelle et même le « rêve américain » dans Jour de fête ! Le dynamisme cognitif se trouve stimulé par les images, le plaisir, les anticipations sur la suite du déroulement de l’histoire et les apports linguistiques découverts par chacun en situation active.
 
Ces activités heuristiques et grammaticales voudraient permettre d’aider les représentations métalinguistiques des étudiants à se révéler, au sens photographique du terme, selon la démarche initiée par Jean-Pierre Cuq, qui avait bien voulu accepter de superviser ma recherche.
 
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