Apprendre le français par des films :ancrages théoriques Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Catherine Henry   
04-01-2008

Apprendre le français par des films: ancrages théoriques

Le rappel des ancrages théoriques de l’enseignement du Français Langue Etrangère/Langue Seconde/Langue Professionnelle à partir du cinéma convaincra-t-il de nouveaux collègues de son utilité ? S’efforcer de rendre toujours plus sensible, vivante et proche notre langue culture contemporaine aux apprenants, de trouver aux films francophones de nouveaux adeptes ambassadeurs peut-il ne plus passer pour un aimable amusement sans fondement ni efficacité ?

Non conçus à des fins pédagogiques, nos films sont des documents ‘authentiques’ par excellence.

Mais en montrer un à la classe pour lui permettre d'apprendre le français, ce n’est jamais lui donner à voir le monde tel qu’il est (en pays francophone), c’est d’abord se faire raconter à tous ensemble une histoire, faire voir/entendre le discours de quelqu’un qui sait quelque chose que les autres ne savent pas, comme disent Christian Metz et Raymond Bellour.

Pour Patrick Charaudeau aussi, toute narration suppose un raconteur pourvu d’une certaine expérience du monde, dont il a une certaine représentation, qu’il choisit de transmettre d’une certaine manière à ses destinataires imposant les faits comme dignes d’être racontés.[1] Témoin invisible des faits qu’il narre, le réalisateur lui aussi prend en charge ses énoncés : même peu marquée, l’énonciation filmique est toujours là, agissante - comme toute énonciation.

L’enseignement du Français Langue Etrangère /Français Langue Seconde /Français Langue Professionnelle /sur Objectif Spécifique par le cinéma s’adosse aux recherches linguistiques qui ont mis au jour l'énonciation,  [2] générant les approches communicatives.

A l’énoncé langagier envisagé comme un objet fabriqué où le sujet parlant s’inscrit à l’intérieur de son propre discours tout en y inscrivant l’autre par les marques énonciatives, substituons le film, trace finale par laquelle on peut comprendre (un peu) son processus de création pour Alain Bergala : à partir de son expérience de spectateur, de l’analyse du découpage, du montage, de la lecture sémantique du continuum image/son,chacun trouve la subjectivité de l’énonciation, identifie des actes de langage dans les traces de l’acte de production en décodant les énoncés, en reconstituant l’intention ayant présidé à leur encodage, pour peu qu'il soit guidé dans sa démarche.

De plus, en s’inscrivant dans une logique cinématographique les concepts s’ouvrent à une plus grande accessibilité, étant la manifestation visible d’une expérience éprouvée par tout un chacun. « Il en est sans doute des films de fiction comme des contes, c’est en touchant les zones les plus profondes de la psyché humaine qu’ils font sens » dit Gilles Deleuze, tandis que pour C. Metz, le discours imaginé = imagé - espéranto visuel dit Jacques Aumont- est quasiment accessible sans traduction parce que d’avance traduit en toutes les langues, comme un avant de la langue - déclenchant qui plus est le désir de communiquer.

Catherine Henry



[1] Patrick Charaudeau Grammaire du sens et de l’expression Editions Hachette Education 1992

[2] Catherine Kerbrat-Orecchioni L’énonciation Editions Armand Colin Col. U- Août 2002

 
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